Arles sous les eaux


En 2003, toute une partie d’Arles se retrouvait sous les eaux, dont la maison et l’atelier du peintre Eric Rolland.

Un événement extraordinaire, avec des images spectaculaires qui firent sensation.

Autre perspective, Arles sous l’eau, Arles cernée par les eaux, Arles et l’eau, ce sont des descriptions connues, anciennes, répétées à intervalles irréguliers au cours de son histoire. Cette ville a les pieds dans l’eau depuis toujours. Interroger la Vénus arlésienne. Combien de fois le Rhône est-il sorti de son lit ?

Les Vénus de l’atelier d’Eric Rolland ont aussi souffert des eaux. Pourtant, elles continuent de vivre là, sous nos yeux quatre ans plus tard. Eric Rolland est familier des renaissances, recompositions perpétuelles de la matière absorbant le temps.

Des Vénus souillées, le peintre extrait une nouvelle œuvre, essai d’écriture sur la Vénus immanente, autour de laquelle la ville se bâtit, se liquéfie et se recompose. Leur regard infiniment détaché sur nos peurs présentes est presque insolent, défi à notre temps, en fièvre à chaque montée des eaux.

Des Vénus arlésiennes, Eric Rolland retient la tranquillité minérale opposée aux éléments que nous voudrions maîtriser.

Autres pièces rescapées, les planches-essais du dessinateur, esquisses des voiles de lumières dont il habille nos monuments, Saint-Trophime, Archevêché, Musée Réattu, Hôtel de ville, …

Les fils délicats de la lumière sur les places et édifices ont survécu à l’inondation.

Le travail de fine couture sur la ville entrepris par l’artiste peut suivre son cours.

Comme les Vénus de marbre se jouant délicatement du Rhône, la lumière d’Eric Rolland, voile léger caressant la ville, invite aussi à l’humilité. En ces lieux anciens, nous ne faisons que glisser, empreintes légères, reflets passagers, ricochets sur les flots.

Alain Othnin-Girard 2007