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Eric Rolland et moi partageons Arles. C'est beaucoup. C'est surtout
suffisant pour oser cette préface, sans se connaître vraiment,
puisque je ne connais Eric Rolland que par toile, matière et papier
interposés (un autre partage).
Je ne connais pas, par exemple, son signe astral. Le mien me plaît:
ascendant Lion, (l'emblème d'Arles octroyé par le Doge de
Venise) mais surtout Taureau (Biou, dirons nous entre nous) donc sous le
signe de la terre, (celle qu'on malaxe pour créer des formes) et
de Vénus, (celle d'Arles, tellement plus émouvante que celle
de Milo et celles d'Eric Rolland, présentées ici).
La connivence, la coïncidence et la convergence font pour moi parties
des solutions aux mystères de la vie. Nous partageons donc l'amour
de la matière brute inculqué par la proximité de tant
de roche, de sable et de pierres. Et pourquoi pas prononcer le mot dans
une région aussi malade des pollutions: le recyclage, comme ce papier
qui nous est cher à cause de ses vies diverses et superposées.
Nous partageons aussi le blanc, celui qui enneige même en été
les abord des Salins.
Certaines de ses images me rappellent les abstractions que nous obtenions
en abandonnant au sel des formes de bois comme la croix des gardians lorsque
nous étions enfant: son coeur, son encre et sa croix formée
de tridents signifient Amour, Espérance et Charité, au delà
du Christianisme, puisque dans cette ville nous sommes aussi païens
que chrétiens et que les églises y sont bâties sur
d'anciens temples romains dédiés à Vénus par
exemple.
L'art d'Eric Rolland est aussi nimbé de cette lumière
blanche, irradiante, qui fait apparaître des mirages d'encre de chine
à l'horizon de l'Agachole et de Beauduc, les phares où l'eau,
la terre et le ciel se rencontrent.
La même lumière caniculaire qui fait ressembler l'horizon
des clochers et des tours d'Arles à la mâchoire squelettique
et blanchie d'un de ces taureaux auxquels nous sacrifions depuis toujours
et qu'Eric Rolland a représenté comme des blasons "zen" ou
andalou, ou encore fantomatiques et blancs, sur le suaire d'une "Véronique"
comme si le toro avait imprimé sa trace dans la cape du torero au
passage.
Nous partageons le tissu: celui humble, des châles ou, plus bigarré,
des fichus d'arlésienne ou encore, clinquant et miroitant, des capes
d'apparat du paséo.
Eric Rolland les juxtaposent à la nudité tronquée
de ses Vénus, Vénus-totem, Vénus crucifiées
ou presque, Vénus humides et brumeuses comme des marais de lavis.
Voilà donc nos complicités, nos richesses tacites, nos
symboles inévitables. Puissent ces quelques lignes sous-titrer,
s'il en est besoin, ces Vénus de Provence et de Camargues.
Christian Lacroix
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